Nicolas GUIOT

Artiste en résidence à Monflanquin de novembre 2005 à février 2006.
Né en 1978. Il vit et travaille Belgique et à Paris.

Nicolas GUIOT cultive les forces qui vont unir son travail aux lieux et espaces qui l’accueillent. Contenu et contenant se confrontent, s’opposent, se heurtent, dans un travail indocile, qui rechigne à l’asservissement.
Il s’emploie à retourner les situations « créées » par les espaces conventionnellement dévolus à la création.
Nicolas nous prend au mot.
Sa production respecte le cahier des charges fixé à l’artiste, en imposant « volume » ou « peinture » dans l’espace. Ses débordements le remplissent, le perturbent, l’encombrent, parfois jusqu’à l’obstruction, dans un jeu qui n’a rien d’innocent.

L’espace d’exposition s’en trouve remisé au second plan, entraîné dans un courant ou l’artiste a repris « la main ».
Ses structures, affirment la présence de l’artiste, de son travail, de sa production, en regard d’un lieu tout autant que d’une « structure ».
Au sens propre comme au sens figuré il en révèle l’échelle, et les limites.

Denis DRIFFORT

La méthode est simple autant qu’efficace : c’est en ne se soumettant pas au carcan d’un espace que peuvent apparaître des ressources insoupçonnées et qu’on libère les possibilités d’un échange dégagé des règles, des codes et des obligations. Comment alors mettre les lieux d’exposition dans des situations inaccoutumées qui leur feront produire ce qu’ils ne peuvent produire d’habitude, ce qu’ils ne sauraient produire que grâce à un principe de renversement ?

Nicolas GUIOT répond à cette problématique par l’encombrement et le débordement. Il ne se satisfait pas des limites qui compriment, coupent du dehors et privent de ce rapport essentiel avec l’activité de l’imaginaire. Il ne se plie pas au diktat de la place assignée. L’espace n’est pour lui ni cette étroitesse qui rassemble et désigne l’incandescence d’un centre, ni cette étendue entièrement ouverte, se développant sans point de repère. Il s’agit d’abord de le considérer comme un élément indispensable qu’il faut absolument prendre à son propre piège. L’espace ainsi ne se borne pas à enregistrer des expériences, il est la matière même de l’expérimentation, de la mise à l’épreuve des contraintes de sa clôture. Cette expérimentation dépend de phénomènes d’élargissement du contenant et des contenus conçus comme des événements d’encombrement et de débordement.

En produisant des pièces trop encombrantes ou trop imposantes, les unes saturant l’espace et les autres s’excluant de l’espace, Nicolas GUIOT donne des indices d’une qualité et d’une force d’intervention. Chez lui, l’encombrement n’est pas remplissage et le débordement n’est pas démesure. Ils sont des engagements d’occupation de l’espace fondés sur des articulations beaucoup plus incisives entre dedans et dehors, vide et plein.

Les trois structures en bois et panneaux d’aggloméré ne peuvent pas apparaître comme des fantaisies disproportionnées et monstrueuses. Leur production découle d’une exigence de résultat qui requiert une rigueur sans faiblesse. Il faut absolument en rester à l’os, à la solidité de la démonstration et hausser la capacité de regard d’un cran. Ces structures d’une belle ampleur, intelligemment déraisonnables, stockées à l’extérieur ne laissent pas l’espace censé les accueillir vide mais se l’approprient autrement, différemment, en agissant au dehors en écho au principe formateur du dedans et en répercutant dedans la force génératrice du dehors.

Nicolas GUIOT nous amène ainsi dans ce basculement qui propose des points de vue non pas décidés par la singularité de l’espace mais sollicités par la singularité de regard des interventions sur l’espace.

Didier ARNAUDET

Nicolas GUIOT
Artiste en résidence à Monflanquin
de novembre 2005 à février 2006
Catalogue 16 pages couleurs – 21 x 16 cm
Epuisé
Texte : Didier ARNAUDET