« La Cofra » de Dominique DELPOUX

Durant l’été 2010, l’usine Cofrablack productrice en Gironde de « noir de carbone » a ouvert ses portes au photographe Dominique DELPOUX. Poursuivant le travail qu’il développe depuis de nombreuses années autour du corps, Dominique Delpoux a photographié les ouvriers du site avnt leur prise de poste, après leur journée de travail et après le passage sous la douche.

« Lors de ma première visite de l’usine, je fus marqué par la dimension monumentale des installations. Dans un rumeur assourdissante, des nuages de fumées et des jets de vapeurs animaient une architecture de tubes d’acier aux couleurs industrielles. Je pénétrais pour la première fois dans un complexe pétrochimique et, gommant immédiatement toute idée préconçue, je trouvais l’usine belle. Elle était vivante; un géant d’acier à l’haleine âpre qui engloutit des citernes de pétrole dans un puissant vacarme expulse, par je ne sais quelle alchimie, de la poudre de carbone. Aux soins du géant, casqués et bleus, de fragiles hommes contrôlent ses fluides, analysent ses humeurs et sécrétions. Selon un rituel précisément réglé, ils circulent au coeur de ses entrailles exposant leurs vulnérables silhouettes. Après avoir suivi un « quart » pendant son service, je constate que la douche rétablie les corps et les esprits marqués par la journée de travail. Le vestiaire est un univers joyeux ou chacun, débarrassé des vêtements de travail, retire cette seconde peau, fruit de l’activité du jour: le noir de carbone. Je réalise des photographies de l’usine ou figurent des opérateurs à l’action peu définie et un triptyque composé de portraits d’employés pris à trois moments de la journée. Chaque volontaire est photographié devant l’usine en début et en fin de poste puis dans les vestiaires à l’issue de la douche. Le triptyque est construit comme suit: la première image est composée des portraits réalisés en « début de journée », les « fin de journée » constituent la deuxième et les « dans les vestiaires » la troisième. Ainsi présentées, les notions de solidarité et d’interdépendance au travail sont évoquées tout comme apparait l’alternance jour/nuit conséquence des décalages de postes. La photographie est pour moi un outil, peut-être un prétexte, qui me permet d’approcher le réel, de le questionner. Elle m’ouvre aux hommes, aux choses. Elle m’apprend. Pour cela, je remercie les employés de Cofrablack qui m’ont si chaleureusement accueillis et se sont naturellement offerts à mon indiscret objectif. Merci pour ses riches moments partagés. »

Dominique DELPOUX

Edition réalisée dans le cadre de la résidence à Pollen – Epuisée –
Plaquette 4 pages – 21 x 29,5 cm
3 photographies