Jane HARRIS

 

Exposition présentée à Pollen du 17 mai au 23 août 2013.

 

“Mes peintures sont d’une simplicité trompeuse.

Cinq constantes sont systématiquement présentes :
– le motif, à savoir une ou plusieurs ellipses,
– le trait du pinceau réalisé à l’huile métallique appliquée en couches de façon méthodique et répétitive,
– le bord composé de petites semi-ellipses répétées,
– la couleur basée sur l’observation des couleurs qui se rencontrent,
– la lumière, élément extérieur qui active la surface en créant des effets optiques qui transforment cette simplicité apparente en une complexité dynamique.

Selon la position que nous prenons, mobiles ou immobiles, nous découvrons que ces peintures se trouvent dans un état de constante mutation. Que la lumière soit naturelle ou artificielle, les peintures évoluent à travers une série de transformations optiques subtiles. Elles échappent à la fixation du regard et génèrent ainsi des incertitudes. Elles se situent quelque part entre abstraction géométrique, ornementation et illusion spatiale.
Repoussant sans cesse les limites de ces paramètres essentiels, je tente d’approcher au plus près les frontières de l’ornementation, sans pour autant tomber dans le «simplement» décoratif, et toujours, en cherchant à amplifier les possibilités optiques de mes peintures.
Elles ne sont pas pour autant identifiées à des œuvres «op art». (Op art ou art optique, est une expression utilisée pour décrire certaines pratiques et recherches artistiques faites à partir des années 1960, et qui exploitent la faillibilité de l’œil à travers des illusions ou des jeux optiques.)
Dès 2005, j’ai commencé à utiliser exclusivement de la peinture à l’huile « métallique », celle-ci m’attirait pour ses qualités picturales, sa relation à la lumière et sa présence à la fois dans le design, l’architecture, les conceptions industrielles et domestiques. L’ellipse est essentielle. Elle peut être vue à la fois comme une forme plate avec deux points focaux ou comme un cercle vu en perspective. Elle contient un potentiel de permutation infini, créant une relation ambiguë au plan du tableau. Dans mes peintures, l’œil peut être tiré dans les profondeurs comme dans les espaces virtuels d’un plafond baroque, pour être repoussé jusqu’à la surface.
Les qualités tactiles de la surface sont accentuées par le rythme des bordures ornementales et la succession des couches de peintures faites de traits de pinceau appliqués de façon méthodique et mesurée. La relation figure / fond, au cœur de chaque œuvre est considérée comme étant à la fois dynamique / statique, stable/fugitive, symétrique et asymétrique, forte / faible, dure / douce, nette / floutée, proche / éloignée…
Mes peintures ont été décrites comme étant à la fois “organiques et numériques”. En effet, mes recherches m’ont conduit à comparer mes traits de pinceau aux pixels d’un ordinateur comme une unité de couleur. Pour une image numérique, la résolution des pixels détermine le degré de clarté d’une image : plus la résolution est basse, plus le degré d’abstraction ou l’ambiguïté de l’image est importante. Dans mes tableaux, la surface est composée d’unités de taille, uniformément peint à la main.
La qualité tactile peut être poussée plus dans l’illusion de «bas-relief» par l’utilisation d’effets de lumière, invitant le visiteur à physiquement se déplacer et passer d’un côté à l’autre approchant de la peinture à partir d’angles différents. Ainsi le spectateur assumant un rôle actif, sensible et physique, (plutôt qu’un récepteur passif), devient plus conscient de l’acte de regarder, de faire des distinctions visuelles et des interprétations.”

Jane HARRIS