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Babeth RAMBAULT

Artiste en résidence à Monflanquin de mars à juin 2002.

Babeth RAMBAULT aime raconter des histoires qui s’inscrivent dans quelque chose en train de se faire et que nous ne pouvons saisir sans accepter de s’associer au mouvement. Des histoires, c’est à dire des moments qui s’enchaînent entre eux, des événements qui se disposent dans la durée et facilitent la transfusion du réel dans l’imaginaire, de l’imaginaire dans le réel. Il ne sert à rien de vouloir canaliser, contrôler. L’expérience n’est pas ici un constat, c’est une manière de devenir. Il faut donc tout simplement additionner pour provoquer et provoquer pour additionner. C’est pour des raisons événementielles que l’histoire devient à chaque fois non seulement possible, mais encore nécessaire. Il ne saurait y avoir de fragments narratifs ou de moments vécus ou inventés sans le dégagement d’événements en train de se produire, ni sans que le travail de diagnostic soit en même temps le moyen de convoquer, mais aussi de prolonger ces événements. Il ne faut mésestimer aucun détail et être résolument attentif au mouvement qui les produit. Babeth RAMBAULT donne des indices en faisant des signes, des figures et des images, en fabriquant un ours à l’aide de couvertures, ou en introduisant le motif floral d’une poche plastique dans un paysage.
Ces indices sont autant d’aventures singulières qui tracent des lignes, des directions, et doivent être saisies comme des propositions de décryptage d’un enchaînement général impossible à cerner dans une représentation définitive car, en fait, chacune de ces aventures échappe à sa propre histoire, à sa propre résolution. Le jeu décide ainsi d’une trajectoire et il faudra en accepter le dénouement. Quelque chose s’enclenche inexorablement et l’artifice consiste à prêter aux apparences la solidité d’un point d’ancrage. On y sent la tentative de formuler et de préciser des noyaux conceptuels qui poussent la réflexion vers des franges où la perception du réel et de sa représentation commencent à s’expliciter de manière différente. Quelque chose disparaît ici, apparaît là, sans que nous puissions en pointer les limites. Les gestes les plus anodins se révèlent hautement menaçants. La trajectoire, sur son passage, ne laisse rien intact. Tout bascule, chute, se renverse, sans possibilité de se dérober. On peut alors craindre la balle qui pourrait jaillir de la main imitant un révolver, le réveil de l’ours, la jointure d’un paysage avec sa doublure et l’appréhension soudaine d’un instant où se résumerait la vie. On peut aussi constater l’étendue des dégâts suite à l’effondrement d’un plafond imbibé par le goutte à goutte d’un robinet mal fermé. Tout est mystérieusement et dangereusement lié. Tout dépend de la même capacité d’imbrications d’évènements et de leurs causes. Car la trajectoire est indissociable de sa cible. Il faut considérer le désastre comme la conséquence de ces petits riens, de ces actes insignifiants, de ces entailles dans la masse compacte du quotidien dont on aurait grand tort de négliger les effets.

Didier ARNAUDET

Babeth RAMBAULT
Artiste en résidence à Monflanquin
de mars à juin 2002
12 pages couleurs, non brochées
16 x 21 cm
Epuisé
Texte : Didier ARNAUDET