Virginie DELANNOY

 

 

Artiste en résidence à Monflanquin d’octobre à décembre 1997.
Née en 1969 à Paris.
Elle vit et travaille à Paris.

Chez Virginie DELANNOY, tout commence par un paysage. Par ce terme, elle nomme un instrument de référence et de message qui nous oblige à voir le monde avec ses poussées et ses abandons, à le détailler, à le disposer sous ses angles les plus inattendus. Pas question de célébration du site. D’appropriation romantique. De se livrer à la pente du pittoresque, encore moins de l’anecdote. De se défaire des arêtes du réel. De céder à l’euphorie onirique. De donner congé à l’action. Un paysage donc. Délibérément rudimentaire. Dans la revendication de ses formes les plus humbles, les plus hostiles aussi. En quoi consiste-t-il ? A intervenir. Sur quoi ? Sur la structure et le sens du monde. Sur notre vision. Sur notre expérience du sensible. Par quelle technique ? Par celle du moulage de cartes en relief et à travers la mise en jeu d’une problématique de la masse et de la surface.
Le paysage se donne comme un dépassement de l’opposition entre divers pôles : le proche et le lointain, l’ici et l’ailleurs, l’intérieur et l’extérieur. Cette chose minérale, fortement présente, concrètement fabriquée par la terre et la grille de lecture de sa figuration, renvoie à une indéfinissable réalité spatiale, à un fragment de territoire où les accidents du relief constituent indiscutablement des marques et des points de repère : montagnes, vallées, rivières, forêts, champs et voies d’accès. Mais c’est aussi une invitation à se déplacer dans les méandres capricieux d’une géographie imaginaire et à inventer des histoires pleines de départs exaltants, de découvertes, d’incidents de parcours et de difficiles arrivées. Cette idée du paysage qui associe à la matière du monde la possibilité d’une entreprise romanesque, atténue les dualités, suscite les rapprochements, les échanges et les alliances. D’où cette curieuse impression de contrôler l’étendue brute d’un espace et la signification qui s’en dégage et de pouvoir suspendre le cours des évènements le plus près possible du moment où le fil va se rompre.
Pour Virginie DELANNOY, voir c’est d’abord une affaire de mouvements, de trajets répétés, de déplacements insistants. Seul le regard qui s’efforce de parcourir a des chances de voir. La circulation est l’acte nécessaire à l’appropriation visuelle du paysage. Le regard et le paysage se confondent alors dans ce qui est finalement un sentiment d’ouverture au monde, indissociable de cette ouverture et se définissant par elle.

Didier ARNAUDET

Virginie DELANNOY
Artiste en résidence à Monflanquin d’Octobre à Décembre 1997
Catalogue 16 pages + couverture – 21 x 16,5 cm
4 photographies
Texte : Didier ARNAUDET