Rabea EIPPERLE

Artiste en résidence à Monflanquin de mars à juin 2007.
Vit et travaille à Berlin.

Rabea EIPPERLE produit des mises en scène photographiques, des saynètes vidéos qui jouent subtilement sur des archétypes : elle en modifie la hiérarchie de manière ironique, sans en changer la teneur, confinant par exemple une collection de culturistes posant à ses cotés dans un rôle de « conquête-trophée », dérisoire faire valoir de situations inversées pour mieux en révéler le sexisme et le ridicule. 

Denis DRIFFORT

Rabea EIPPERLE sait que le paraître dissimule l’être, n’abandonne au regard que des aspects superficiels, mensongers et opaques. Et pourtant, c’est dans la convocation de cette extériorité trompeuse qu’elle va aller chercher la donnée intime de l’être. Elle demande ainsi à des adolescents de prendre une pose de star et les photographie dans leur chambre. Ils apparaissent dans l’espace dont ils font une forteresse et un refuge, figés dans un choix vestimentaire programmé, livrés aux influences, peu sûrs de leur place, encombrés de contradictions et de revendications. Ils se fabriquent une unité provisoire avec des désirs d’existences hétérogènes, des connaissances encore poreuses, des détails acérés et impossibles à unifier. Rabea EIPPERLE évite toute pression trop vive. Ce qui compte, c’est de s’inscrire dans une juste distance : s’approcher tout en restant détacher, se préserver tout en partageant. Il s’agit de maîtriser l’équilibre entre la générosité et la neutralité, de ne choisir ni l’une ni l’autre mais de puiser dans l’une et dans l’autre les ouvertures nécessaires à la compréhension. Son regard pratique, sans glaçage, sans complaisance, une préhension globale de ce bloc à la fois compact et à vif, mais essaie en même temps de percer l’enveloppe, de repérer les prises, les failles, les zones de moindre résistance. Rabea EIPPERLE photographie comme on pose des questions et scrute l’autre comme pour élargir son propre désir d’être. Qu’est-ce donc qu’avoir un corps qui, débordé par diverses effervescences, devient un obstacle à soi-même ? Ou qui, trop peu aguerri, se laisse submerger par la maladresse ? Comment vit-on cette autorité des limites entre pensée et action ? Rabea EIPPERLE se fonde à la fois sur son attention à autrui et sur ce qui résonne encore en elle de l’euphorie et des blessures de l’adolescence, et parvient à faire des portraits d’une troublante présence. A quoi tient ce trouble ? Sûrement à un renoncement net des effets de séduction, d’enchantement. Mais surtout à cette part d’intériorité, saisie avec lucidité et finesse, révélant sa pointe dans ce pari risqué du corps adolescent qui se confronte aux postures imposées de la starisation, dépourvues de substance et d’épaisseur, s’oblige ainsi à se découvrir et donc à ne pas rester sur le seuil.

Didier ARNAUDET

Rabea EIPPERLE
Artiste en résidence à Monflanquin de mars à juin 2007
Catalogue 24 pages + couverture – 21 x 17 cm
11 Photographies couleurs
Epuisé
Texte Didier ARNAUDET – Traduction Michel CHEVALIER