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Pascal BROCCOLICHI


Artiste accueilli en résidence  de mars à juin 1995, Pascal BROCCOLICHI est né en 1967. 
Il vit et travaille à Nice.

Une approche en forme de dialogue

– Des poils et des cheveux ?
– C’est une possibilité d’organiser un jeu géométrique, de transcrire des rythmes, d’enregistrer d’infimes traces d’humeurs et de sensations; de dessiner le cours de forces entrecroisées.
– Mais ce n’est rien, la plus plate des banalités.
– Le souci n’est pas ici d’accumuler des signes précis et déterminables mais au contraire de soustraire, de neutraliser et de disperser avec une brutalité singulière.
– Ce n’est donc qu’une prouesse, un art de la feinte et de l’esquive ?
– Vous savez le choix de l’esquive, ce n’est pas celui de la facilité. Rien de plus risqué que cette distance qui se pense au plus près de l’irrémédiable. L’esquive se confond ainsi avec la justesse.
– Qu’entendez-vous par justesse ?
– La précision par laquelle une certaine violence accepte de ne pas être ouverte mais secrète, ce qui n’a rien à voir avec la séduction. Donc pas d’illusion. Mais une insistance calculée à s’écarter des ressources habituelles de l’oeuvre.
– Que voir alors ?
– Une pure énigme. Une façon naturelle d’approcher le vide, de nous mettre à l’épreuve de son attraction.
– Peut-on ainsi se contenter d’éprouver le vide ?
– Cette tentative de saisie des implications du vide laisse entrevoir ce vers quoi, avec le temps pour mesure, la réalité matérielle tout entière glisse.
– Peut-on alors s’en tenir à des dessins ?
– Pourquoi pas.
Mais connaissez-vous les “scènes radiophoniques” ?
– Non.
C’est dommage. Là aussi quelque chose se dénoue à fonds perdus. – De quelle manière ?
– C’est une voix qui plaide, qui prêche, mais elle n’explique rien et n’amène nulle part.
– Que dit-elle ?
– Une parole qui ne nous rencontre jamais. Elle n’a d’autre fin qu’elle-même. Que sa propre ruine.
– Nous en revenons à l’essentiel de l’être et de sa condition. – Mais dans une stratégie de dépossession des relations de pouvoir et de fascination.

Edition réalisée dans le cadre de la résidence à Pollen – Epuisée –
Plaquette 8 pages – 11 x 22 cm
2 photographies
Texte : Didier Arnaudet