Ko KASHIWAGI

 

Artiste accueilli en résidence en été 1992. Ko Kashiwagi est né le 30 Novembre 1958 à Tokyo.
Il vit et travaille à Tokyo, Japon

De larges traits de blanc appliqués à la brosse s’entrecroisent sur d’épaisses feuilles de contre-plaqué rangées bord à bord le long du mur de l’atelier. Se laissant guider par le mouvement circulaire de son bras Ko Kashiwagi pose ici la structure d’une peinture à venir. Puis, armé d’une scie sauteuse, l’artiste pointe les touches qu’il a choisi d’évider et, suivant leurs contours, découpe chaque panneau, soit un à un, soit en les superposant. Il résulte de cette opération un bouleversement dans l’ordre du tableau ; là où prenait corps un geste peint ne subsiste plus que l’empreinte de ce geste. Le patron du tableau s’est mué en squelette d’une peinture en suspens. La couleur proprement dite n’intervient qu’à l’étape suivante du travail, couvrant d’une multitude de touches aux accents primaires la toile encollée sur son support de bois ouvragé. La peinture opère alors tel un décor dans l’ordonnancement des panneaux agencés en polyptiques. Elle donne du relief aux empreintes en négatif, accentuant le blanc de la cimaise qui s’infiltre dans le corps du tableau, soulignant l’idée de motif qui se répète. Aussi, dans ces jeux de superpositions entre geste et peinture, entre blanc et couleur, ombre et lumière, dans cette dualité entendue entre énergie et matière, la comparaison avec l’art ancestral de la frise et ses déclinaisons bi-polaires pourrait bien se révéler le plus court chemin pour appréhender pleinement une telle pratique picturale. Qu’elle propose de simples entrelacs de composantes florales ou géométriques ou qu’elle soit plus explicitement symbolique en présentant des enchevêtrements de figures zoomorphes, faut-il rappeler que la frise est autant un support, une invite à la médiation qu’un exercice d’ornementation visant à souligner un geste architectural. 

Hervé LEGROS

 

L’oeuvre de Ko KASHIWAGI a pour motif d’innombrables coups de pinceaux générés par le libre mouvement de la main. Ses couleurs, essentielles, le blanc, le rouge, le jaune et le vert donnent une impression forte et gaie. Le support découpé qui soutient les formes des couleurs copie les mouvements de la main et du pinceau pour donner encore une autre forme. Il est de plus, pareil à un puzzle laissant apparaître le fond de mur jusqu’alors caché. Les formes sur ces trois types de plans s’enlacent d’une manière complexe, jouant une fugue visuelle.
Ko Kashiwagi suggère qu’un tableau n’est pas seulement une surface de couleurs et de formes mais également un objet à trois dimensions. Dans ce sens, son oeuvre a une triple structure physique contestant l’idée traditionnelle qui fait des tableaux des illusions dessinées sur un seul plan.
“Qu’est-ce-qu’un tableau ?” ; Cézanne aussi bien que Picasso et Pollock, face à ce problème, ont donné chacun leur réponse et, après eux, KASHIWAGI également tente d’en donner sa propre définition.

Fumio NANJO