Henni ALFTAN

Artiste en résidence à Monflanquin  de septembre à décembre 2006.
Née en 1979 à Helsinki, Finlande. Vit et travaille en France depuis 1998.

Henni ALFTAN peint des objets qui s’imposent comme des images, construit des images qui fonctionnent comme des objets. Comment tenir ces deux extrêmes ? Renoncer à l’image pour choisir l’objet, c’est abandonner ce cadrage de l’écran qui opère une séparation et une mise à distance, de la surface constituée d’impressions et d’expressions. Mais d’autre part, se détourner de l’objet, c’est se couper de la matière et son surplus d’explications et d’interprétations. La solution proposée par Henni ALFTAN est de ne pas franchir le pas, de rester dans l’indétermination et de maintenir l’une et l’autre parties du choix. Elle conserve donc la surface de l’image et la présence de l’objet. Bien plus, elle convoque l’une et l’autre en identifiant l’une à l’autre. Il s’agit de faire coïncider l’énigme de l’étendue et l’impact du bloc. L’étrangeté des œuvres tient à ce qu’on y voit, de manière presque théâtrale, la peinture constamment inquiétée par une compression ou une dilatation de sa nature et de ses contraintes. De cette situation découle une hétérogénéité particulière où des éléments figuratifs et abstraits, réels et fantasmagoriques, fluides et consistants, fractionnés et unifiés, qui y sont impliqués s’affranchissent du cercle restreint où d’ordinaire ils apparaissent d’abord confinés. Ils se mettent à coexister en dehors de toutes limites précises et dans un réseau d’apports réciproques. De la sorte, comme deux pôles qui perdraient tout à fusionner, mais qui ont avantage à établir entre eux un système de commerce et d’alliance, images et objets procèdent à de multiples échanges et soumettent le champ de la peinture à l’épreuve d’un élargissement et d’une fabulation.
Il faut voir la chose peinte et en même temps le décollement de l’image de l’objet auquel elle est attachée et qu’elle continue de soutenir dans les diverses altérations qu’il lui faut subir pour arriver à se réaliser. Il faut voir l’image produite et en même temps les autres possibilités de regard et de représentation entre la chose et sa définition picturale. Henni ALFTAN provoque les passages nécessaires pour nous permettre de lier une expérience à une autre. Elle le fait en se saisissant de choses proches, ouvertes et en les mobilisant dans un mouvement à la fois de connaissance et d’imagination qui les remodèle et les recharge de force et de sens. Un nuage, un arbre, un monolithe anonyme et la boîte de Houdini deviennent des événements insoupçonnables, des instruments de régénérations et de nouveaux contacts, qui tirent à partir de leur fond propre, un fond fait d’une infinité de perceptions. Il y a là des renversements, fortement insolites et curieusement logiques, qui éclairent tout en complexifiant, égarent tout en expliquant. Le regard cherche le piège. Mais rien ne récompense son insistance à observer, à scruter, à déchiffrer. Tout simplement parce que le décentrement constant de cette peinture le pousse à l’intérieur du piège et l’utilise comme ressort et comme appât.

Didier ARNAUDET

Henni ALFTAN
Artiste en résidence à Monflanquin
de septembre à décembre 2006
Catalogue 18 pages + couverture couleurs – 21 x 16 cm
Epuisé
Texte : Didier ARNAUDET