Geneviève BURKARDT

Artiste accueillie en résidence en été 1992. Geneviève BURKARDT est née en 1959 à Genève.

Suivant les voies

Geneviève BURKARDT sait recueillir dans les objets, les formes et les lieux familiers, avec une science où le rêve a sa part, des noyaux de mémoire, des rythmes intérieurs, qui imprègnent ensuite sa création. Ses oeuvres, dont les caractères oscillent dans une ambivalence qui les rapproche et les distingue des matrices parfois nommées (“pirogue, cocon, pain, aile, peigne, …”), produisent donc certains effets de ressemblance. Toutefois, cette proximité n’est pas conçue dans un rapport de mimétisme formel ou fonctionnel ; elle joue d’une variabilité qui empêche de clôturer le sens sur l’appartenance générique des oeuvres.
De même l’arc, le carré, le fuseau, parmi les formes de prédilection, ne sauraient se caractériser seulement par leurs noms, même s’ils indiquaient déjà une préférence pour des morphologies élémentaires et certaines tensions. Il conviendrait d’en préciser les valeurs figurales en observant leurs composants (végétal, fibres, minéral, métal), leurs dimensions, leurs aspects tactiles et leurs inscriptions dans l’espace (au sol, au mur, suspendus, fixes, mobiles). La matière, dans ce travail, n’a pas pour simple but de produire un volume ; elle active la perception, l’interroge et l’agrandit. Parce qu’au-delà de l’impulsion première, les formes sont renaturées, comme régénérées par des changes avec un passé qui, dès lors, semble autant réel qu’imaginé.
“Nous ferons des pas merveilleux, l’homme fera des pas merveilleux s’il redescend aux choses…” (Francis Ponge, La Rage de l’expression) ;: invitation sur une voie où nous découvririons qu’un pain voit sa signification ravivée s’il devient fossile ; que des cocons prennent tour à tour des allures inquiétantes, risibles, rassurantes ; que des peignes sont comparables à des reliefs, des forêts, des mâchoires, qu’ils peuvent, en se croisant par couple, imager quelque bataille, guerrière ou amoureuse ; ce qu’est la lumière de simples carreaux de papier blanc posés à même la terre… Une voie qui passerait par les textures, magnifiant les propriétés de rétraction, de souplesse ou de rigidité des matériaux, mais aussi perturbant la perception ordinaire des rapports entre la masse et le poids ; par les couleurs, vives ou patinées, non pas greffées à la forme mais rayonnant avec elle, faisant signe aux endroits, aux paysages reconnus.
Une voie qui nous introduirait dans des lieux où les installations développent des points d’ancrage, des indices et des parcours méticuleusement composés, appelant le spectateur à sentir les pulsations d’un espace.
Une voie qui passerait nécessairement par la dimension sensible de l’oeuvre, parce qu’en elle agit et s’effectue la liaison entre matière, forme et figure.
Et, nous prendrions garde de ne pas oublier le “merveilleux” des pas, en redescendant aux choses…

Gérard Regimbeau