Didier COURBOT


Artiste accueilli en résidence de juillet à septembre 1995, Didier COURBOT est né en 1967. 

Il vit et travaille à Paris.

Chez Didier COURBOT, pas le moindre souci de compacité. Tout se résume en une heureuse porosité. S’intéresser à ces films, à ces vidéos, c’est se livrer à une expérience singulière : s’approcher de quelque chose que nous ne connaîtrons jamais même si nous avons l’impression d’en reconnaître certaines résonances. Cette oeuvre ressemble à l’air que nous respirons, à la lumière toujours offerte mais jamais capturée, à l’eau que nous tentons de conserver dans le creux de la main. Rien en elle ne s’avère en capacité de l’endiguer. Elle passe, s’écoule et se perd. Mais, ni passive ni abandonnée à un cours ordinaire, elle se montre tout autrement attentive à ne pas se donner, rebelle à toute fiction, à toute production machinale.
Le choix délibéré du flou, du ralenti, d’une durée courte et de l’absence de bande son, instaure une distance qui ouvre à l’interrogation d’une présence proposée non comme une scène rêvée, dans la conscience d’un jeu où l’imaginaire s’implique dans le réel. Didier COURBOT procède par atténuation des articulations du temps. Dans ce qui semble un pacte noué entre l’éphémère et l’éternel, il ne cherche rien d’autre qu’à s’en tenir à l’essentiel : l’intimité insondable d’une femme qui se déshabille dans une chambre, l’illusion troublante du bonheur dans les vibrations ravivées d’un jardin ou la respiration saturée de lumière d’un rideau agité par un souffle invisible.
Cette tentation d’échapper aux apparences, de s’enfoncer dans la matière des choses, dans la vérité périssable des êtres, de renouer avec l’exploration secrète, la lenteur et l’écueil n’entraîne pas un attachement au monde. C’est tout le contraire qui se produit : le monde apparaît dans une brûlante proximité mais toujours en fuite, pris dans un perpétuel mouvement et traversé par la fluidité unifiante des images.
Didier COURBOT nous invite à pénétrer dans l’infinie complexité de moments d’où jaillit l’émotion, sans essayer de les comprendre, c’est-à-dire de les justifier, mais avec cette sensibilité ouverte à cette énigme qui déborde les choses simples. Difficile de réduire cette émotion à une signification définissable. Elle ruisselle de tout ce qu’elle éveille. Mais tout de même ce qui s’en dégage, d’une manière assez insistante pour ne pas être anecdotique, c’est un sentiment de finitude inextricablement mêlé à l’intuition d’une harmonie cachée.

Didier ARNAUDET

Edition réalisée dans le cadre de la résidence à Pollen – Epuisée –
Plaquette 8 pages – 11 x 22 cm
3 photographies
Texte : Didier Arnaudet