Benoît MENARD

Artiste en résidence de mi-septembre à mi-décembre 2009.
Né en 1979, vit et travaille à Bordeaux.

En jouant souvent sur des décalages contextuels et anachroniques le travail de peinture de Benoit Ménard peut prendre des formes vidéographiques ou d’installations qui exposent  » des constats picturaux  » insolents.
Qu’il puise dans la culture populaire, les faits de société ou l’histoire de l’art, Benoit Ménard jongle avec des éléments qui se voudraient incompatibles.
Ses oeuvres au travers d’une démarche conceptuelle et provocatrice, produites pour la plupart en séries, interrogent les conventions et les codes de la représentation, et un certain rapport de l’homme à son patrimoine artistique et culturel.

Réfractaire à tout enfermement dans un  » style  » ou à adopter les postures et le parcours académiques du  » Peintre « , Benoit Ménard revisite avec acidité et virtuosité l’histoire de la peinture, de Titien à Monet en passant par Ruscha ou Mondrian.

Pollen

Ce que convoque Benoît Ménard, c’est une étrange constellation. Des formes, des couleurs et des actions s’affrontent, se bousculent et même se contredisent pour produire une présence éclatée, troublante et composite, faite de propositions contiguës, mais indépendantes les unes des autres, donc non fondues. Loin de n’être qu’un univers chaotique où l’accidentel semble tenir lieu de logique, cette constellation se livre aux échos, récurrences, correspondances, superpositions et collisions du modernisme et de la tradition, de la culture savante et de la culture populaire, et se présente à la fois comme l’expansion d’un centre vers une périphérie, et comme la concentration de cette périphérie dans le centre. La peinture occupe ce centre, et la périphérie se constitue des ramifications dans d’autres registres, d’autres possibles. Benoît Ménard pratique ainsi la sculpture, l’installation et la vidéo, mais ne cesse d’approcher, d’interroger, d’excéder la peinture. Un tondo réalisé avec un insecticide aux phéromones sexuelles évoque, mine de rien, une œuvre de pollen de Wolfgang Laib et nous plonge dans un vertigineux exercice de méditation. Le bleu Klein se frotte à la question compacte du mur et se transforme en une fluide incrustation vidéo pour effets spéciaux. Une monumentale clé pour châssis désancre l’espace et suggère sa dérive. Un prénom qui identifie une catastrophe climatique s’impose comme signature d’une matière rugueuse et moteur d’un imaginaire aux multiples entrées et ressources. L’assemblage échevelé de baguettes de châssis se situe entre le branchage forestier et la toile d’araignée. Des fragments de toiles sur roulettes intègrent la mobilité et l’inachèvement dans le «faire tableau». Le goutte-à-goutte qui corrode peu à peu la pyramide de paracétamol fait coexister les attraits et les désenchantements pourtant opposés de l’effervescence et de l’effacement. Cette souplesse dans la gestion des directions et des techniques permet de gérer les conséquences et les ressources d’un morcellement, et des écarts, des télescopages et des agitations qu’il engendre. La peinture, ainsi activée selon diverses modalités, s’ouvre tour à tour à la singularité d’un terrain d’investigation, de jeu et de redécouvertes. Benoît Ménard s’approprie certains aspects de l’héritage, mais tout en prenant conscience des usures, et sans oublier les atouts des expériences plus récentes. L’intérêt de sa dé marche repose sur une capacité à ne pas se laisser enfermer par la nécessité du respect ou de la transgression des règles et des genres. Elle tient également à cette énergie, à cette volonté rigoureuse qui n’exclut pas une dimension ludique de s’arracher aux impasses pour retrouver de nouveaux élans.

Didier ARNAUDET

Benoît MENARD
Artiste en résidence du 15 septembre au 15 décembre 2009.

REDITUS AD FUTURUM, 2010, édition monographique, impression Offset sur papier buvard micro-perforé. 1 pochette (18 x 16 cm) + 12 plaquettes ( 17 x 15 cm).
1200 exemplaires – Epuisé