Aeneas WILDER


Artiste en résidence à Monflanquin
de mars à juin 2005.
Né en 1967. Il vit et travaille en Ecosse et au Japon. 

Aeneas WILDER est un iconoclaste. Avec un sens de la provocation calculée il se plaît à nous révéler des limites en nous engageant vers des horizons que l’on découvre plus larges. 
La complexité et le laborieux processus d’élaboration de ses architectures-sculptures modulaires (bâtonnets de bois ou éléments de polystyrène empilés, juxtaposés…) ne changent rien au terme de leur réalisation : elles seront froidement mais spectaculairement dé-construites par l’artiste (et non pas détruites ) . Seuls des enregistrements vidéos et photos subsisteront. 
L’économie des moyens employés, la nature éphémère du travail d’ Aeneas WILDER et les extrémités auxquelles il confronte ses œuvres, invitent à la réflexion en dénonçant le matérialisme de notre société. 
Les questions classiques de l’espace et des moyens offerts à l’artiste trouvent auprès de lui, une dimension universelle qui ramène à la condition humaine. 
En 2001 à l’occasion d’une résidence d’artiste en Suisse, il réalise  » G8  » : l’artiste prépare à 8 reprises un  » mur  » précaire de briques de polystyrène sommairement bloquées, pour y représenter successivement les drapeaux du G8 (groupe des 8 pays les plus industrialisés ). 
Chaque création sera suivie de sa destruction d’un coup de pied, filmée et enregistrée comme le point final de l’acte artistique, mais qu’on ne manquera pas de lire comme l’objection à la notion de nationalité et de territoire imposée par la société. En 2002, il réalise un enregistrement vidéo «  » du centre des Etats-Unis «  » à partir d’une analyse précise de données géographiques. Le résultat, qui tient lieu de représentation du paysage, invite à questionner notre rapport au territoire, aux frontières, et à retourner vers une réalité physique de notre espace éloignée des contingences politiques et abstraites qui le limitent. Durant son séjour en atelier résidence à Monflanquin, Aeneas WILDER a expérimenté d’autres formes de structures réalisées à l’aide de bâtonnets de peupliers directement dans son atelier. Seules des traces photos subsistent aujourd’hui des quelques constructions réalisées à Monflanquin qui sont restées au stade expérimental. 
Aeneas WILDER a également travaillé à la conception d’un drapeau  » universel « , intégrant dans ses codes couleurs et sa forme, des notions essentielles et universelles ( création, nature, esprit, galaxie…) 
Prolongeant le travail vidéo entamé en 2002 aux Etats-Unis , Aeneas WILDER est allé planté son étendard en un point central de la France défini à partir d’une analyse méthodique de cartes d’état-major. Une vidéo garde en mémoire l’événement de son périple jusqu’à un site proche de Gannat ( Allier). 
Universel, son étendard est appelé à trouver sa place en chaque point du globe, mais avec malice Aeneas WILDER se plaît à le placer là où devrait flotter- plus qu’ailleurs- le drapeau national : impossible de contester la légitimité de son intervention, sans renier notre appartenance au monde ! 
Aeneas WILDER souhaite nous rappeler la réalité de l’espace et du territoire qui nous entoure, bien au delà des frontières dessinées par les gouvernements. 
La création de prototypes de  » boîtes d’allumettes  » participe à la même réflexion. 
En résidence à Monflanquin, Aeneas WILDER a conçu des boîtes d’allumettes munies de grattoirs-drapeaux réalisés à l’aide de poudres soufrées colorées. L’utilisation de ces grattoirs-drapeaux induit leur embrasement en même temps que celui de l’allumette et donc leur destruction immédiate. L’écart entre la portée symbolique du geste et sa réalité physique, constitue le cœur du travail plastique d’Aeneas WILDER qui sait poser des questions de  » citoyenneté  » au delà des clivages politiques partisans ou d’une actualité immédiate. 

Denis DRIFFORT

Cher Aeneas, 
Il nous faut donc parcourir ce monde agencé, sauvegardé par un certain nombre de repères, de cadres et de motifs, et interroger, dans cet arpentage, la continuité de votre expérience de recherche d’un centre où la fin et le commencement se répondent. Ce centre a quelque chose à voir avec une sorte de resserrement énigmatique et pourtant il s’étale devant nous, en perpétuelle instance de montage ou de démontage. Décider d’un des ancrages possibles de ce centre et le pratiquer, c’est déchiffrer les indices de sa singularité, c’est-à-dire découvrir ce qui dans son action ne cesse, sous divers modes, d’entrer en résonance. Car vous savez que son espace d’investigation reste à convoquer, à construire, à inventer mais vous lui donnez un drapeau universel et vous le dotez de la promesse d’un devenir cosmique, géologique, botanique, animal et humain. Votre obstination frappe sans relâche là où la localisation et l’identification s’encombrent de frontières et de territoires. Vous transformez tous les drapeaux en boîtes d’allumettes munies de grattoirs-drapeaux réalisés à l’aide de poudres soufrées colorées. Il suffira d’un geste mécanique, presque anecdotique, pour les enflammer. Vous visez à travers cette dénonciation la démocratie identifiée à la nation et, au-delà, les politiques linguistiques et culturelles closes sur elles-mêmes, figées dans leur identité. Mais vous ne cherchez pas un autre partage du territoire. Vous connaissez la fragilité des assemblages et des équilibres. Pour vous, le centre est avant tout intensif. Il insiste et nous oblige à penser son énergie. Il ne peut donc naître d’un simple désir. Une rébellion est nécessaire. Il faut prendre le risque du vertige sans lequel l’idée d’emblème, de signe de ralliement reprenant le dessus, l’effervescence ne tarderait pas à prendre fin et tout rentrerait dans l’ordre, tout retrouverait ses limites. Votre centre ne s’inscrit pas dans un va-et-vient entre le vrai et le faux, l’authentique et le factice. Il n’est pas à la fois réel et imaginaire. Il faudrait dire plutôt qu’il est les deux à la fois si l’on n’entend pas par là qu’il aurait deux fonctions distinctes, deux attributs, mais qu’il est en permanence et simultanément le champ de validation d’une intervention dans le réel et la revendication de sa dimension fictive, forcément plus ouverte. Votre engagement ne se préoccupe d’un centre que pour être à l’écart et voir plus large. C’est là sa force. 

Didier ARNAUDET

Aeneas WILDER
Artiste en résidence à Monflanquin
de mars à juin 2005
DVD. Couverture 4 volets 16 x 21 cm.
Textes de Denis DRIFFORT / Didier ARNAUDET