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Agnès HARDY

Artiste accueillie en résidence de mars à juin 2001.
Née en 1973 à Albertville. Elle vit et travaille à Berlin.

 Il se réveille dans le matin gris, le corps épuisé, alourdi, engourdi. Son sommeil ne l’a pas reposé. L’inquiétude lui plaque encore sa main glacée sur la bouche. Comme pour l’empêcher de respirer. Il a du mal à oublier la route blanche qui s’étire vers le ciel vide. Aucun arbre ne la borde. Il tourne la tête du côté de la maison, la cigarette à la bouche, protège l’allumette dans le creux de ses mains. Il a la fâcheuse impression d’être un corps étranger dans une mécanique qui de toute évidence n’a pas besoin de lui pour fonctionner. La maison brutale avec ses murmures âpres de briques nues semble absorbée par le sol. La maison, pleine d’insectes, abandonnée en cours de construction, tend à être submergée par la végétation, donc à devenir invisible. La maison exhibe sa structure, impose ses ouvertures comme des cadrages du réel qui l’encerclent : branches vertes, échappées d’herbes, échos de champs, étendue molle qui n’essaie même plus de se défendre. Il ne bouge pas. Il attend que quelque chose arrive. Mais autour de lui le monde s’évacue en silence. Le soleil impose sa lumière épaisse. L’air se charge de poussière. Même l’ombre s’ouvre à la chaleur. Il se place ainsi à l’intérieur de certaines limites au-delà desquelles il n’a pas de regard. Mais la maison ne se cache pas derrière des fantômes. Elle le ramène à son histoire, à son désordre et à ses blessures. Personne n’entend ce qu’il entend. Cette voix qui s’échappe de la maison. Immédiate et sauvage. Cette voix qui n’a plus de visage. Que sait-elle ? Peut-être a-t-elle une explication à donner ? Il avance alors en direction de la maison. Sous ses pieds craque le gravier. Quelle différence entre le dedans et le dehors, le vide et le plein, le miroir exacerbé et la boîte claire ? Pourquoi cette fragilité de l’enveloppe ? Quelle expérience prépare au saccage ? De quoi doit-on garder mémoire ? Il souhaite comprendre le poids de sa fatigue, de ses angoisses, de ses désirs. Comme l’organe d’un corps, la maison se prêtera une nouvelle fois à une étrange autopsie.

Didier ARNAUDET

Agnès HARDY
Catalogue 16 pages couleurs – 21 x 16 cm
( Couverture dépliant en 4 volets)
35 photographies Texte : Didier Arnaudet

Epuisée